01.07.2008

d'Adam à Eve

Maintenant que tu es partie, Eve, je suis seul au monde.

et qu'adviendra t-il du monde sans nous ?

A.

17.06.2008

papillon cendré

Au Un, il est unique

De deux, c’est le premier

De trois, c’est le milieu,

A quatre, deux par deux,

A cinq, c’est la tribu

Assis, il est perdu,

S’il n’est pas déjà mort.

Tu me suivras ?

Je te ramène au port ;

 

A dix, c’est dans l’ivresse

A cent, toute une armée,

De pieds, de poings liés,

De cuir, d’acier forgé.
Mais cent mille gouttes de pluie

Si elles font pleurer

Ne tueront pas comme les hommes,

Ne brûleront pas tous les corps ;

Tu me suivras ?

Je te ramène au port.

 

Combien dois-tu rester ?

-         Je ne sais pas (pa)

-         Alors tant pis (pi)

-         Comme un lion (lion)

-         En commençant (cen)

-         Je commanderai (dré)

Pa/pi/lion/cen/dré

 

Je t’aime trop fort.

Tu me suivras ?

Je te ramène au port.

 

Parthenay, juin 08.

 

 

16.06.2008

je vais

Je vais

M’agacer les mains

Te ronger les ongles

Me curer le nez

Raboter tes doigts

Et farcir nos oreilles de mots libérateurs

Tu vas

Percer mes poignets

Forer tes épaules

Trouer mes chevilles

Tarauder ton foie

Et farcir nos oreilles de musiques de bal

Je vais

Etirer tes cils

Allonger mes doigts

Tirer sur tes joues

Agrandir mes tripes

Et farcir nos oreilles de poésie râpeuse

Tu vas

Clouer mon cercueil

Agrafer tes paupières

Cheviller nos ongles

Puis visser nos viscères

Et farcir nos oreilles de bruits de portes ouvertes, de chants mélancoliques, lamentations funèbres et larmes murmurées

Jusqu’à ce qu’une trompette femelle et voyageuse, Tzigane désembourbée ne vienne briser nos tympans, les allumer de flammes et les brûler de bruits. La mort et le hasard sont au banquet ce soir ! Les cendres froides de la chanson, posées au vase bleu du lendemain nouveau sont les vestiges de notre entente.

Thuillies, mars 08

14.06.2008

le désir et la douleur

Le désir et la douleur marchent la main dans la main.

Ils longent la mer, du haut d'une falaise de craie jaune.

- Est-ce que tu m'aimes ? Demande le désir

- Oui, répond la douleur

- Est-ce que tu me seras fidèle ?

- Oui, dit encore la douleur;

- Pour toujours ?

- Pour toujours.

Et leurs regards plongent vers l'infini, touchent l'horizon et vont caresser l'autre bout du monde.

un petit serpent frotte son ventre sur la terre et passe entre leurs pieds.

 

Verviers.

12.06.2008

Six cordes autour du cou

Le guitariste a six cordes autour du cou

Le marin, des noeuds plein les mains;

Et moi qui t'aime vraiment beaucoup,

Je n'ai rien, non, je n'ai rien.

 

Le jardinier prend des pelles en chantant

Le cantonier, un rateau chaque matin.

et moi qui t'aime vraiment beaucoup,

Je n'ai rien, non, je n'ai rien.

 

Un bon maçon pourrait t'offrir dix briques,

un bon lépreux pourrait t'offrir sa main.

Et moi qui ne suis pas lubrique,

Je n'ai rien, non, je n'ai rien.

 

Dans la rue où tu habites,

Le fermier te pose un lapin.

Moi qui t'aime de façon subite,

je n'ai rien, non, je n'ai rien,

Qu'un cancer de l'intestin.

Juin 08.

11.06.2008

et le temps passe!

Je veux tailler dans ton corps

Une porte pour l'éternité

Avec un grand couteau de glace,

Un morceau de verre affuté

Du grand miroir où l'homme voit

Ses premières rides le bouffer,

Ses dernières dents s'entartrer

Sa barbe le givrer de blanc

Et sa chair s'affadir

Ses yeux retomber, sa bouche suspendre, ses veines sortir, ses mains s'encrocher, ses plis s'appartenir;

Et par cette grotte subtile,

Je voudrais m'échapper

Pour ne plus revenir

Sur ce sol infertile

Où les grands imbéciles

Ne peuvent s'avouer.

 

Parthenay, juin 08.

10.06.2008

ILS

Never

Whisper

Over

Me

 

Nevers

Espère

Distraire

You

 

Always

You says

You hate

Him

 

Il

Vous

Les

Tes

Je

Nous

 

Barcelona, juin 08

 

03.06.2008

Azur et hasard

Que le ciel entre dans vos veines

Carillons! Carilons-nous!

Que les cultures avalent l'eau comme le poète, l'azur!

Et saumons, saumons-nous encore!

 

Je cherche depuis longtemps des villes neuves où poser mon entrain.

Gazons. Gazons à ras-bord!

Que chaque pas posé le soit dans une enclume

Que chaque plume plante le soleil droit!

et que chaque soleil éclaire l'un de tes pas!

Tire-bouchons! Tire-bouchons l'or!

Il faut que le hasard nous en apprenne encore!

 

Montataire, le 8 mai 08.

02.06.2008

l'agonie lente

Ce corps d’escroc

Cet escogriffe

Ce corps encore

Qu’il transporte et qui l’essouffle

Ce grand corps d’Icare

Aux ailes démesurées, brisées, cassé, trois quart malade

Qu’il écorne et qu’il rebiffe

Qui renifle

Assoiffé

Qui racle encore et râle, arrache un clou, un cri, du cran, du crin

Dans l’escagasse

Mornifle

Il boîte

Il traîne, il vit, il porte

Un coup de cric dessus le crâne

Mais il marche

Il s’arrache

A la boue luisante des fossés d’argile

Epate

S’éclate, écarte les crocs et se re-carapate

Et souffle.

Il gratte, ce grand corps pas triste, il fuit vers les automates, les marcheurs autistes, les aveugles du jour, du métro, de la ville et ses mille

Apparatchiks

Il boîte

Il va tomber

Non.

Il crache.

Il va tomber

Non.

Il rue

Il va tomber

Non.

Son œil, déjà par terre, il va marcher dessus

Où est mon avenir ? L’avez-vous déjà vu ?

Vous avez marché dessus, monsieur.

Vous avez marché dessus.

 

Verviers, avril 08.

 

22.05.2008

voleur de linge

J’ai retrouvé mes larmes que j’avais perdues hier, avant de vous connaître. J’ai retrouvé le goût du sel, le poids du sol, le bruit des cils lorsqu’ils sont battus par le vent. Regarder vers le sud ne me sert plus à rien.

Alors j’ai remis la main sur cette vieille habitude que j’avais de respirer par un roseau tout au fond de l’étang. La pluie ne me fait plus trembler, tant je suis touchant la vase.

Demain, lorsque les rousseroles tisseront leurs nids et que les coucous y poseront leurs œufs, je pourrai m’éveiller de cette minuscule mort, et m’écouter redire « Je vis encore ! »

 

Verviers, avril 08.