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22.05.2008
voleur de linge
J’ai retrouvé mes larmes que j’avais perdues hier, avant de vous connaître. J’ai retrouvé le goût du sel, le poids du sol, le bruit des cils lorsqu’ils sont battus par le vent. Regarder vers le sud ne me sert plus à rien.
Alors j’ai remis la main sur cette vieille habitude que j’avais de respirer par un roseau tout au fond de l’étang. La pluie ne me fait plus trembler, tant je suis touchant la vase.
Demain, lorsque les rousseroles tisseront leurs nids et que les coucous y poseront leurs œufs, je pourrai m’éveiller de cette minuscule mort, et m’écouter redire « Je vis encore ! »
Verviers, avril 08.
18:20 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, écriture
21.05.2008
Bien sûr que c'est la solitude!
BIEN SUR que c’est la solitude, ma chère ! C’est pour ne pas être tout seul
Le désert ou le pôle
Ici tout au milieu de nous qui nous bouffe qui nous ronge et nous convainc : elle va venir, l’autre avec sa grande faux et ses litres d’alcool qui font oublier tout. La solitude a latitude forte dans les grands déserts de neige que forment les cheveux blancs.
BIEN SUR que c’est la solitude, ma chère ! C’est pour ne pas rester tout seul qu’on veut diriger un empire, devenir général, tenir toute une armée. C’est une armée de cons, une armée sans cervelle, mais deux cent mille cons ne se savent pas seuls. Ce n’est que sur le front, la baïonnette au ventre qu’ils recevront la lettre.
La solitude a magnitude forte sur cette échelle de Richter
(Tremble, tremble, tremblement de terre)
C’est pour ne pas rester tout seul, ma chère, qu’on est artiste ou musicien, qu’on veut collectionner les timbres, les nonettes ou les autobus, qu’on rafistole les étoiles, les chapiteaux, les chevaux morts, qu’on prie le soir, qu’on pleure plus fort.
C’est pour ne pas rester tout seul qu’on fait la file dans le métro, qu’on bouffe tous comme en troupeau, qu’on court en uniforme. Les hommes, les hommes, ma chère, n’ont pas encore compris qu’ils seront seuls un jour ou l’autre, et que cela commence (tremble, tremble, tremblement de terre) au sortir du corps de leur mère. La solitude a gratitude forte envers ces ventres de lumière.
Mais ce n’est pas la solitude qui blesse, ma chère, certainement pas, mais l’absence,
L’absence d’un, l’absence d’une, celle de celui, l’absence ici et aujourd’hui, ma chère, ô ma chair, prenez-moi donc la main (tremble, tremble, tremblement de terre), prenez-moi donc la main, mes tripes et mon venin
Et promettez-moi (promettez-moi)
(Tremble, tremble et apprends à te taire !)
De ne jamais (de ne jamais)
Me laisser
A nouveau
Solitaire.
Kuala-Lumpur- aéroport – Avril 08.
18:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, écriture
20.05.2008
De chevaux riches et de cerises
Nous pourrions bavarder encore
De chevaux riches et de cerises
Etre perdu ma plaît beaucoup
D’abricots cuits, de murs de brique
Parler chinois ne sert à rien
Ou de couleurs de pyjamas
Et nous pourrions parler encore de ciel, de photos, de nuages
La mort un jour nous tuera tous et dieu, déjà, ne va pas bien
Ou parler des cours de la bourse
Le ciel d’été attend l’orage comme un amant attend son train
Et dire, et dire, et dire aussi
Et vous, ça va ? Ca va très bien.
Parler, parler, parler encore
D’armées perdues, de soldats morts, de combats inutiles alors que tout est là,
De guitare, de mémoire, d’avions, d’accordéons,
De Norvégiens explorateurs,
Du ciel qui brûle, de nos poumons, de nos cancers, de nos amis, de larmes, d’air et de polkas, de moules blondes, de blondes molles, de l’état du monde aujourd’hui
De tout ce qui serait possible
Si chacun s’y mettait vraimentMais vous savez que font les jeunes,
Et nous savons que disent les vieux
Nous pourrions bavarder encore
De chevaux riches et de cerises
En attendant les retrouvailles avec les corps de nos amis
Nous pourrions dire, toujours plus fort, des mots de chats et de cailloux
Des discours d’ampoules et d’amphores et des loquaceries fadasses
Mais je dirai un mot d’abord :
Permettez que je vous embrasse.
Perth (Austr) Avril 08
22:39 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, écriture
19.05.2008
Pauvre taré de poète!
Pauvre taré de poète ! Le soleil ne porte pas un casque d’or ! Pas plus que le désert n’est une feuille grise pour écrire l’amour, l’infini et demain, l’ineffable, l’effaçable, le destin ! Le désert n’est qu’un peu de sable entre tes doigts, pauvre crétin !
Les femmes ne se donnent pas, elles s’apprivoisent dans la main, dans le regard, dans la parole et dans la taille de tes clefs de bagnole !
Pauvre taré de poète, combien de fois faudra-t-il te dire que le monde n’est pas à écrire, mais à sniffer, à fumer et à prendre pour s’envoler vers l’inconnu, loin de Rimbaud et des haïku !
La mer n’est pas infinie non plus, elle a un bord en haut, elle a un bord en bas, et les poissons pissent dedans ! La lune n’attend pas ta nuit, elle tourne, tourne tout le temps…
La mort est trop facile et les arbres sont gays.
Je ne veux pas te décevoir, mais les corps ont tous des convulsions, des besoins de reproduction que tu appelles d’un nom bizarre…
Perth (Austr) avr. 08
11:15 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, écriture
16.05.2008
une femme de fruit
Une femme (de grâce !), une femme de grâce, une femme de fruit.
Et un homme de boue, et un homme debout, un homme de soleil.
Des enfants dès demain, des enfants des deux mains, des enfants de velours.
Et puis le temps qui passe,
Qui passe et qui s’enfuit,
Qui aime et puis qui donne.
Perth, Austr, avril 08
12:25 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, écriture
15.05.2008
moi qui ne suis pas voyageur
Moi qui suis mauvais nageur, je n’irai pas en Australie pour voir tous les palmiers en fleurs, les cacatoès, les mouettes, le rêve de boue, de dingo, les filles pointillées sous la taille et les mangeurs de kangourous. Et les mangeurs de kangourous.
Moi qui suis buveur de thé, je n’irai jamais au Brésil. Je ne verrai pas ces étés qui transpirent d’encres métissées, ces tambourins qu’on nous promet ; la nuit, la peur et les filles noires. La nuit, la peur et les filles noires.
Moi qui suis verseur de larmes, je ne te quitterai jamais sans emporter un peu de toi.
Perth, austr. Avril 08
11:33 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, écriture
14.05.2008
Trinité poétique
-Bon, d’accord. Si dieu, le père, est l’univers entier, alors qui est le fils ?
- Le poète. Parfois alpiniste qui écrit sur la neige, parfois plongeur qui dans sous la chanson des flots, un jour explorateur qui taille à la machette dans l’épaisseur des mots, le lendemain amant qui caresse une jambe.
- Bon, d’accord, d’accord. Si le fils, c’est le poète, alors qui sont tous les apôtres ?
- Les hommes. Spectateurs assis au spectacle du monde, dont on scrute le cœur. Pauvres, malades, couchés sur le billard, le ventre ouvert qui grouille de vermine et qui attendent la fin, l’espoir dans l’estomac, la lumière allumée.
- Bon, d’accord, d’accord, d’accord ! Si les apôtres, ce sont les hommes, alors qui est le Saint-Esprit ?
- Le monde. Rien d’autre que le monde ; Et le poète avale sa petite bouchée, ou de grandes cuillères, puis les recrache au ciel. Ainsi, le poète avale le monde pour que l’humanité puisse enfin voir l’univers.
Margaret River (Austr) avril 08.
14:54 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, écriture
13.05.2008
two of my hands
Deux d’entre mes mains sont de grands tournesols. Elles regardent le monde et se tournent vers l’ombre. Deux autres, cependant, sont de longs poissons d’or. Celles-ci se faufilent entre tous les coraux, les reflets de trésor des profondeurs marines, les nacres et les bijoux, les scaphandriers morts et les épaves vertes.
J’ai aussi deux mains blanches pour figurer la lune, et dix doigts de farine pour éclaircir le ciel de tes journées d’absence. J’en possède encore deux pour les dimanches en ville, qui sont arbres sans feuilles pour poser les oiseaux. Puis deux mains de papier pour t’envoyer mes lettres, et deux mains de bois dur qui, les soirées d’hiver, craqueront sous la braise ; deux mains de neige pure, deux autres de cristal, encore deux de charbon et deux d’acier tranchant ;
Tu vois ? Je n’en ai pas, non, je n’en ai aucune qui sache caresser, puis avoir la patience et garder en mémoire quelque chose de doux, ta cambrure, un baiser, un souvenir de toi.
Perth (Austr) Avr.08
20:08 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.05.2008
Depuis que je suis
Depuis que je vis
Dans l’interminable voyage de l’eau
De source en rivière en fleuve en mer
En pluie
En larmes
Depuis que je cours
Les oiseaux volent au-dessus de moi
Et leur ombre glisse sur ma peau
Depuis que je fuis
Dans l’intarissable voyage des flots
Il est d’énormes arbres qui flottent
Sans la réponse du scieur
De long
De rivière en fleuve en mer en pluie
En source
En larmes
Depuis que je nage
Il y a ton visage
Et son reflet dans mon voyage
De fleuve en mer en pluie en source
En rivière
En larmes
Depuis que je vis
Je meurs
De n’avoir pas connu ton cœur.
Verviers, mars 08
09:25 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, écriture
10.05.2008
En revenant le long de la Meuse :
Bourbier orange et bleu, nuit chimique sur le fleuve
File de soldats bandants d’acier et de furie reproductrice
File de fumeurs armés de cheminées qui qui qui nous étoufferont
Baïonnettes carboxydriques
Cœurs qui battent feu et sang
Réseau de veines chaudes et de veinules cuites où passe le métal en fusion
Acier-feu
Tumeur-fer
Marteaux fous qui qui qui assassinent les oiseaux
Sous la barbe adolescente de ces témoins oculaires, mille ouvriers qui qui qui sait, dix mille peut-être, savent la vie enfumée des maisons d’hydrocarbure, les fenêtres empoussiérées, les cancers de l’œsophage, les assiettes recouvertes de tout ce qui qui qui fut nuage
Oiseaux-plumes
Pipe d’écume
Casquette plate morte au combat
Le fleuve continue sa route (quand quand quand ne te retourne pas), et son métier de fleuve : ce soir, il nous reflète cette acné juvénile lumineuse, cette crise de boutons rouge-orange dans la gueule avant de nous dire bonsoir et de se tirer, divin. Quoi quoi quoi et de se tirer divin.
Mars 08
17:37 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, écriture


