« 2007-12 | Page d'accueil | 2008-02 »

31.01.2008

sablier de soie

Ta robe glisse sur tes jambes. Il ne reste que toi dans la pièce, dans l’espace, dans l’époque, dans la seconde.

Le temps qui passe n’a plus d’heure.

Ce sablier de ta robe qui s’écoule hors de toi me rappelle à l’ordre. Mon corps de rides frôlera ta gorge, tes épaules et ton dos. Nous ferons un enfant ;

Puis tous (tous) derrière la fenêtre seront là pour nous rappeler qu’un jardin de cailloux nous attend certain soir.

Enterrons nos enfances d’une bêche de chair dans le sol de ton ventre.

Saoulons-nous de caresses

Et oublions demain  

Le sablier de soie ne vieillit pas nos mains.

Québec, juillet 07

30.01.2008

Les miroirs

Je rêve d’un théâtre fait de jambes de femmes.

 

Pour seul décor.

 

Pour seuls acteurs, pour seul texte et pour seuls auteurs.

 

Des jambes de femmes sont suspendues au fond, et des jambes de femmes conversent, de leurs bouches de cristal et de poils ronds. Les hommes en feront des chaises, des échelles et des barreaux de lits.

 

Des enfants en feront leur origine unique, velue et grasse, initiatiques pour devenir adultes et par trop magiques pour enfanter vraiment.

 

Les amants en feront des voyages, des paysages vus d’avion, des trapèzes de bois volant, des cordes pour se pendre, un piano de chair.

 

Elles servent aux vieux de cannes ou de bâtons d’aveugle, de support ou d’écran d’un cinéma joyeux.

 

Puis apparaissent les miroirs

 

Aussitôt

 

Elles

 

Disparaissent.

 

 

Belo Horizonte (Br) juin 07

 

29.01.2008

Q'a donc Adam qui le rend con ?

« Les mains de l’homme ne feront que chercher. Jamais elles ne trouveront. »

Ainsi a dit le serpent dans l’arbre à pommes. Et Eve se demande encore de quoi on parle…

Ses seins sont là, elle ne voit rien.

Puis elle reste insatisfaite.

Adam fait rire, ce n’est pas le problème.

Mais elle reste insatisfaite.

Adam travaille, c’est vrai, vraiment.

Mais elle reste insatisfaite.

Adam a construit la maison, Adam a retourné le champ, Adam a fait quelques outils et il a appris des chansons.

Mais elle reste insatisfaite.

Et elle sourit, tout simplement, se dit qu’Adam a le poil doux.
mais elle reste insatisfaite.

Qu’a donc Adam qui le rend con ?

Ses mains ne feront que chercher.

Jamais donc elles ne trouveront.

Belo Horizonte (Br) juin 07

28.01.2008

trans-matin express

Vous étiez dans le Trans-Matin Express.

 

J’étais assis dans mon jardin,

 

Attendant un nouveau départ, une séparation provisoire, ma valise pleine de roses à la main.

 

Vous avez passé ce chemin comme disparaît le soir.

 

 

Verviers, Juin 07

 

26.01.2008

Il restera trois lumières

Portons-nous assez de marteaux dans nos culottes pour éblouir tous ce qui aime ?

 

Portons-nous assez de tiroirs en nos mémoires pour oublier les forêts de nos enfances ?

 

Portons-nous l’horizon dans nos yeux, comme il conviendrait de faire pour mieux vire ?

 

Portons-nous assez de cris dans le fond de nos poches ?

 

Assez d’émerveillement ? Deux yeux ouverts ? Le nez tendu, l’oreille prête ?

 

Assez de montres brisées, endormies pour nous faire regretter que l’attente ne tue pas, mais que l’ennui étrangle ?

 

Quand nos chapeaux s’éveilleront, nous ne serons plus que des œufs sur une chaise, des petits crânes cuits, chauves et durs comme des lucioles, prêtes à se faire écraser par la nuit.

 

Le jour disparaitra bien après nous.

 

Et il restera trois lumières :

 

Le désir,

 

L’intuition

 

Et une femme assise là.

 

 

Londrina, Br, juin 07

 

25.01.2008

Curitiba

J’ai devant moi une heure pour poser mes mains qui tremblent sur la tablette du bar de l’aéroport. Curitiba. J’ai devant moi une heure pour poser mes yeux qui pleurent sur les femmes qui passent. Poète, poète, que veux-tu dire au monde ?

 

-         Que les femmes sont belles et si imprévisibles.

 

 

Un air d’accordéon souffle sous la corniche. Poète, poète, que veux-tu dire aux femmes ?

 

-         Que les hommes sont cons. Il faut leur pardonner.

 

 

Mon thé a gout de pisse, le pain, industriel. Poète, poète, que veux-tu dire aux hommes ?

 

-         Que le voyage est beau. Le monde attend qu’on l’aime.

 

 

Curitiba (Br) 13-06-07

 

24.01.2008

Poétique assidu

Mais peut-être mon rêve n’est-il que d’être transparent ?

 

N’avoir plus de corps.

 

Comme la musique ou la poésie, n’être qu’un cœur,

 

Un son, un souffle qui s’efface aussitôt perçu.

 

Acidule assis

 

Incrédule, un cri

 

N’être pas ici, pas visible, sinon à travers ce que je dis.

 

Pas que paquebot,

 

Voyageur aussi,

 

Assis dans mon véhicule,

 

Ridicule ainsi,

 

Poétique assidu du monde individu.

 

 

Juillet 07, Québec.

 

23.01.2008

Dieu est mort!

"Dieu est mort !"

 

On apporta la nouvelle aux paysans,

 

Ils prièrent pour Son âme.

 

On fit passer le mot aux rois,

 

Ils Lui élevèrent un mausolée.

 

On l’apprit alors aux curés,

 

Qui dirent une messe pour Lui.

 

Puis on l’apprit aux hommes libres,

 

Qui reprirent Leurs occupations.

 

 Québec, juillet 07

 

22.01.2008

Vasco de Gama

Donnez-moi le fleuve Tage, je trouverai un nouveau monde !

 

L’océan large entre deux rives qui passe entre les oliviers, port caillasseux armé de grues, peuplé de tours et gardé d’ancres où les cargos viennent rouiller. Lisbonne attend. Le roi espère. Les femmes pleurent, les marins partent sur la mer. Il doit bien y avoir un « en face » !

 

 

Donnez-moi le Tage, je trouverai un nouveau monde ! D’autres femelles dans d’autres nids, et d’autres nids sous d’autres arbres, d’autres arbres sous une autre ombre, une autre ombre sous d’autres montagnes, d’autres montagnes d’une autre terre, une autre terre sous notre pied ! En mer, nous possédons des voiles pour continuer à marcher.

 

 

Donnez-moi un Tage, je trouverai un nouveau monde ! Je rapporterai le tabac, le maïs et la pomme de terre, la fève au goût de chocolat, de l’or, des épices et des plumes ! Tous ceux qui habitent là-bas ne savent pas quel monde ils ont, et dès qu’on les aura découverts, ils pourront nous appartenir !

 

 

Donnez-moi le Tage, je briserai leur avenir !

 

 

 

Lisbonne, juillet 07

 

21.01.2008

vingt jours sans chair

Enfin, je rentrerai chez toi, autant de fois qu’il le faudra. Jusqu’à ce que le verre explose, jusqu’à ce que nos peaux ne soient que miel et ombre, jusqu’à ce que la mer aborde notre porte, jusqu’à ce que nos corps y perdent la mémoire, jusqu’à ce que le centre de la terre, brûlant, vivant, de braise acide, ne soit le centre de ce lit, jusqu’à ce que dix millions de perdrix s’envolent de nos oreillers, jusqu’à ne plus nous éveiller et que toutes les fontaines inondent tous les jardins de toutes les femmes et que toutes les étoiles (millions, milliers, milliards de millions de milliers de millimétriques lumières) se dessinent sur le tableau velu du ciel entre tes jambes d’or.

 

Enfin

 

J’irai

 

Dormir

 

Dehors.

 

 

Verviers, aout 07

 

Toutes les notes