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30.11.2007

le repos de l'esprit

Au bar du café « le repos de l’esprit » fut organisée un beau soir de printemps une conférence sur l’utilité première du silence dans la conversation. Le conférencier se contenta de lire le titre de son discours, puis se tut le reste de la soirée.

 

Dans l’arrière-salle du café « le répit de l’esprot » furent rapidement interdits : la consommation de poisson salé, les mots croisés trois étoiles et les jeux de mots stupides.

 

Et derrière le comptoir du café « les repus de l’espru » se tenaient deux commis à la bouche en cul de poule capables de tenir un discours de douze secondes sur la nécessité de garder au moins un poète en vie.

 

Juillet 07

 

29.11.2007

le chaos contient le monde

Le chaos contient le monde

 

Comme la poésie, les hommes

 

Devenir. Rien que devenir.

 

 

La patience fera du chaos un collier de pierres précieuses, des statues de sel, une façade aux cent fenêtres, une ruche où coule le miel

 

Et deviner, rien que deviner

 

 

Ecrire chaque soir la prophétie inattendue des hommes, et les lettres feront de l’encre un long fil de traîtrises, de nouvelles ou bien d’amour, des paysages, des voyages et des retours

 

Des jamais et des toujours

 

Des romances et des visages

 

Le temps n’est que patience et remise en ordre.

 

 

 

 

Verviers, août 07

 

28.11.2007

l'amour fermé les jours de guerre

Viens.

Que je t’envahisse.

La vie donne chaud, tu ne trouves pas ?

Déshabille-toi.

Et tout devient limpide,

Je collectionne les lipides, je collectionne les corps gras,

Puis vois combien mon ventre est bas.

Je pose devant toi mes armes.

J’arrête de me battre.

Poignards à mots, regards-couteaux,

Les yeux au bord des lames,

Je pose devant toi mes maux.

Et je deviens lucide,

Je collectionne les glucides, les sourires de sucre fin,

Regarde comme ma bouche a faim.

J’ai l’encre à fleur de peau de toi.

La poésie est là, couchée entre tes bras.

Je maigrirai, je t’écrirai,

J’attends le mois de mars, moi

De la guerre et du printemps.
Et tout alors devient possible,

Je collectionne les protides, les goûts de viande et de chair vive,

Regarde donc mes yeux avides.

Remettez-moi ma camisole,

J’aime à nouveau !

Poitiers, juillet 07

27.11.2007

un bonbon à l'emballage d'or

OUI

 

Au loin, un avion me fait signe avec sa petite loupiote rouge parmi les étoiles. Je crois bien que le pilote me sourit par le hublot, en se demandant ce que j’ai dans la poche. Ce n’est qu’un bonbon à l’emballage d’or. Son goût est celui de tes lèvres. Ainsi, un peu de la saveur cerise de tes baisers de tantale part pour le Kassaï occidental.

 

 

Aubel 4/10/07

 

 

 

NON.

 

De temps en temps, elle jette un œil par la fenêtre. En face, les façades baillent d’ennui. Un tilleul agite ses doigts sous le vent rouge. Les fenêtres où se reflète le ciel ne reflètent rien d’autre que l’infini  du jour d’attente. Parfois, un homme passe, qui porte un chapeau. Mais ce n’est pas lui.

 

Non, ce n’est pas lui.

 

Lui porterait une cape bleue sur les épaules, un cheval blanc entre les jambes. Ou au minimum (au minimum !) une paire de collants dorés qui lui moulerait les burnes.

 

 

Aubel, oct 07.

(extrait d'une petite série de textes courts écrits un soir de promenade. La suite demain.)

24.11.2007

La source de la mer

 

 

C’est parce que je suis seul que j’écris. Comme on a besoin de solitude pour écrire, on a besoin d’écrire pour peupler le grand pays de la solitude.

 

Mon stylo est ma plus chaude compagnie, les lignes de mon paysage blanc, mon grand amour, l’église, le four à pain, le port, l’école et le moulin, mon cognac vieux, ma canne blanche, mon microphone, mon microscope, mon micrographe qui me suit et me précède à la fois pour écrire en tout petit la piste qui mène à la source.

 

Et où peut-on aller avec un stylo-bille ? Pas plus loin qu’avec une guitare ou un pinceau : tout au bout, tout au bout de l’horizon, du côté invisible du ciel et des oiseaux, à la mer, à la source, au ruisseau sur la lune. Et sur les cygnes de faïence que dessine cette encre bleue, s’envolent nos pensées en larmes, nos rires de paillasses, la fusée de nos désirs trop loin tombée derrière la cible. Aussi l’aiguille de nos attentes qui ont quitté nos montres où l’ennui les surprit un vendredi d’absence, et les ensable dans le plâtre gris.

 

L’immobilité n’est pas le propre de l’homme, ni celui de la plume, fut-elle de stylo, ni même celui de l’esprit. Toujours, nuit et jour, nos yeux volent comme ceux du caméléon. Couleur ? Insecte ? Bougé ? Dessus – droite – gauche – dessous - droite - le ciel et la ville emplissent nos regards de bruits et de couleurs. Carrés – marrants - femmes et plis dans la peau - marrons – carreaux - fuites et cris dans les os – et nos iris envahissent le coin des vérandas pour y débusquer, frêles, le début d’un poème, le départ d’un vers doux, le refrain d’une chanson de l’abeille et du voile flou, un souvenir déjà à peine prononcé, à peine faits trois pas, un souvenir déjà et tout voilà passé

 

Effacé

 

Effacez-moi

 

La poésie est partout.

 

Ou alors je me trompe et elle n’existe pas.

 

 

Verviers, au café Liégeois, le 21 novembre 2007.

 

23.11.2007

téléscripteur anatomique

Téléscripteur automatique dicte le mot dicte dicte, téléscripteur anatomique tout ce qui vient sort de ton bic dicte dicte les mots les maux les malédictes le seul moyen d’en savoir plus est de laisser parler la plume, antenne de l’écrit dicte dicte écriture démise comme un coude brisé sur la plage d’un disque disque disque dis ce que tu veux c’est le bras du phono, le bras du phono et la griffe et la griffe et la main du scribe, la musique des mots sortira du haut parleur télédicteur trop poétique, receveur des impôts, receveur des vains mots, tu le dis, le dis-tu ? Dicte, disque, dyslexique téléviseur anatomique , transmetteur de futur, composeur de passé, antérieur d’extérieur, je ne suis que poète, la main griffe la feuille, la feuille tombe tout est dit, le message est passé, le mensonge est pensé et le morse s’est tu. Télégriffe sans fil sinon celui de l’écriture on s’aima fort,

Tu sais,

On s’aime encore.

Où est mon téléphone ?

 

 

Fais-moi ton numéro.

 

Budapest, Hongrie, mars 2005. 

21.11.2007

Alors l'écriture passe comme une abeille.

Alors l’écriture passe comme une abeille qui cherche une page pour atterrir. Elle te pique dans la nuit, lorsqu’elle n’est encore ni image, ni désir, ni mirage, juste plaisir. Imaginaire et étrangère. Au fond de ta mémoire, ou de celle de cet instant, la mémoire du moment qui n’existe pas encore.

L’abeille te pique alors. Et le sang gicle au ciel. Son dard est de ta plume, ses ailes sont de ton nom. Elle est rayée de jaune, du jaune du soleil, et du noir inconscient, du noir du deuil du jour. Tu écris ta folie sur une feuille de peur, tu déverses ta bile, tu suces le venin que tu craches aussitôt, tu déchires ta page de mille signes froids, mille signes qui saignent sous la lame du dard, le sang fait une vague, tu en saisis le flot, le bouton purulent de cette piqûre-là, tu le sais il existe, tu le sais et tu l’aimes, tu le sais, tu le gardes. Cette blessure est un ravin où tu aimes à tomber, la déchirure est large, tu peux te voir dedans, appeler un prénom qui ne répondra pas.

Les parois de chair fraîche font résonner le son, tu y penches la tête pour mieux scruter le fond et le poème mort est couché sur le sol, la terre, le béton froid, le sommet vertical que la profondeur sait cache un poème glauque, celui du monde entier.

Alors tu prends des cordes, des ficelles à passer, des brancards avachis, des sparadraps de toile et des pansements d’encre, du plasma de papier et quelques aspirines (si ce n’est pas pour lui, c’est pour ton mal de tête), de longues bandes de gaze, de l’air oxygéné, deux bonbonnes, pas plus, comme un poumon d’acier, du sexe et de l’alcool, des béquilles, du nougat, de quoi le réveiller, des souvenirs d’enfances, un air de liberté, quelques coups dans la gueule, et le voilà levé.

Le poème a trop bu. Il ne se souvient plus.

A toi de le soigner, qu’il respire à nouveau, qu’il marche sur deux jambes, qu’il porte quelques pas, que son cœur aille à battre, que ses yeux voient le jour !

1.2.3. Il boitille

1.2. Là. Le voici.

1.2.3. Respirer.

1.2. Quoi ? L’air glacé.

Avance de quelques pieds. Te souviens-tu d’ici ?

Cette femme à aimer, cette femme interdite, son visage et son corps, le poème à danser.

Le poème a pleuré.

Le poème immobile.

Le silence est ténu.

Syllabe, syllabe, phrase, lettre et signe.

Le poème est tombé. Il ne volera plus.

 

Couche-le sur la feuille, plantes-y une épingle.

Il est un papillon de papier bleu glacé.

Il est le souvenir d’un moment à passer.

Il est dans la vitrine

Et les passants qui badent

Viendront y respirer

La

Peau

Est

Si

Tendre la poésie tendre

 

Rennes-fév.2005

 

20.11.2007

le colonel Cheval

Le colonel Cheval

Avait été lieutenant.
On l'a vu en statue

Sur la place de Tokyo.

Le lieutenant Cheval

Fut un jour capitaine.

Kyoto et Osaka

Etaient ses meilleurs camps.

Le capitaine Cheval

N'était auparavant

Qu"un tout petit sergent.
Chacun le connaissait

Sous le soleil levant.

Avant d'être sergent,

Le simple plouc Cheval

Etait déjà poney.

15 nov 07

Au moins, ca a l'avantage de passer le temps...

13.11.2007

La monnaie aux cris des corbeaux

                             Qu’est-ce que les hommes ont inventé pour rendre le monde plus beau, sinon la poésie ? Rien. Ni le béton, ni les villes, ni les trains, ni la fumée, ni les chaises en plastique, ni le protoxyde d’azote, rien. Rien que la poésie, l’éphémère qui traverse l’air sans le toucher, va se fixer aux arbres sans les écorcher, caresse l’herbe sans l’écraser, plane sur la mer sans la tacher. Ma respiration, lorsque je dis ces quelques mots, ne froissera en rien les oiseaux. Cela les rendra même plus beaux aux yeux de quelques humains gris. Et, qui sait ? Mon souffle en aura peut-être aidé un à voler un peu plus haut. 

                    Peut-on hurler un poème à en réveiller les astres ? Inutile. Peut-on écrire un poème qui rendrait la monnaie aux cris des corbeaux ? Inutile. Peut-on changer le sens du cours de l’eau avec seulement quelques mots ? Inutile. Peut-on calmer la mer avec quelques phrases en l’air ? Inutile.

                    Mon Dieu, que l’inutile est beau. Mon Dieu que l’inutile est grand. Il emplirait le monde !  Mais qui entendra la parole des poètes dans le tintamarre des avions qui décollent ? ………..Les oiseaux, sans doute.

              Qui s’en foutent.

              Des avions.

                                                                                                    Timotéo Sergoï.

12.11.2007

toutes les lumières du monde

Toutes les lumières du monde n’y suffiront pas

Tous les phares au bout de toutes les mers

Qui guideront la pointe des vagues

Qui nous feront connaître les terres habitées

Les terres habitables

Qui ont tant et tant d’eau à recouvrir

De leurs caresses de clarté

 

Toutes les torches sur tous les fronts

Qui guideront la pointe des pics

Qui tourneront la tête aux mineurs

Du fond de leur cave à charbon

Qui ont tant et tant de terre à découvrir

 

Tous les éclairs sur toutes les collines

Qui guideront le son du vent

Et les marteaux clairs de l’orage

Qui illuminent le ciel blanc

Et assourdissent les enfants

Qui ont tant et tant et tant de plaines à couvrir

 

Chacune ampoule, chaque chandelle, chaque bonheur et chaque étoile, chaque soleil et chaque flamme, chaque allumette dans la nuit, tous les briquets et les pépites, les cigarettes ou les lucioles, les néons de coca-cola qui se reflètent dans les flaques ou les phares jaunes des autos qui dansent en léchant l’horizon, les réverbères d’autoroute, les miradors croque-route, et les lumières à nos fenêtres, les plafonniers et les appliques, les incendies de nos forêts où cent ans d’arbres disparaissent et brûlent fort comme un désir de tout son long du craquement qui crépitait au cœur rougeaud de ce brasier de doigts mêlés et montera jusqu’à brûler le ciel dehors où Dieu s’endort,

Toutes les lumières du monde n’y suffiront pas.

Elles ne feront rien que d’éclairer la simple clef

Qui a tant et tant et tant et tant

De paupières à ouvrir.

 

Battice, oct 04

 

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