31.10.2007
souvenir de voyage
Je rêve d'un théâtre fait de jambes de femmes. Pour seul décor. Pour seuls acteurs, pour seuls textes et pour seuls auteurs.
Des jambes de femmes sont suspendues au fond, et des jambes de femmes conversent, de leurs bouches de cristal et de poils ronds. Les hommes en feront des chaises, des échelles et le barreau des lits.
Les enfants en feront leur origine unique, velue et grasse, initiatique pour devenir adultes et par trop magiques pour enfanter vraiment.
Les amants en feront un voyage, des paysages vus d'avion, des trapèzes de bois volant, des cordes pour se pendre, un piano de chair.
Elles serviront aux vieux de cannes ou de bâtons d'aveugles, de support ou d'écran d'un cinéma joyeux.
Puis apparaissent les miroirs.
Aussitôt
Elles
Disparaissent.
Belo Horizonte (Brésil), juin 07
"Les mains des hommes ne feront que chercher. jamis elles ne trouveront."
Ainsi parla le serpent dans l'arbre à pommes à Eve qui se demande encore de quoi on parle...
ses seins sont là, elle ne voit rien.
Puis, elle reste insatisfaite.
Adame fait rire, ce n'est pas le problème.
Mais elle reste insatisfaite.
Adame travaille, c'est vrai, vraiment.
Mais elle reste insatisfaite.
Adam a construit la maison, Adam a retourné le champ, Adam a fait quelques outils, et il a appris des chansons.
Mais elle reste insatisfaite.
Et elle sourit, tout simplement, se dit qu'Adam a le poil doux.
Mais elle reste insatisfaite.
Qu'a donc Adam qui le rend con ?
Ses mains ne font que chercher. Jamais donc elles ne trouveront.
(Brésil, juin 07)
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30.10.2007
poète honnête, où est ta tête?
Voici pour aujourd'hui :
J’aime les gens qui pleurent dans les grands magasins.
Ils se cachent, le téléphone collé à l’oreille, une main sur les yeux, en criant tout bas des « Non, s’il te plaît, non ! Arrête ! » en face du rayon chocolat ou haricots en conserve.
Les autres clients passent, regardent du coin de l’œil, pensent aux courses, pensent à l’amour, pensent à la douleur, pensent au rapport qualité/prix. Et le corps du malheureux s’écroule parmi les pois chiches ou les langes en paquet de douze comme dans une mer, ou disparaît derrière l’étagère, là où il y a moins de monde, en laissant son charriot vide là où il y avait un cœur qui battait pour un autre.
A l’autre bout du fil, l’amant ne sait pas quel mal il fait au consommateur.
A demain,
Timotéo.
16:26 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29.10.2007
une nouvelle fraîche
Bonjour ! Une nouvelle, aujourd'hui :
La mort de l’homme-obus :
Il était tout petit, trapu. Il n’avait ni barbe, ni cheveux, par peur de prendre feu. Chaque soir, sous le regard de sa petite femme (la femme en porcelaine, visible tous les jours de 14 à 18h sauf le jeudi), il entrait dans le fut du canon par la minuscule porte y pratiquée.
Monsieur Loyal faisait applaudir une dernière fois les chevaux (visibles à la ménagerie, tous les jours de 15 à 20h, sauf le mardi) qui terminaient leur numéro, puis annonçait à grand fracas l’arrivée du tout petit bonhomme.
« Et voici Mesdames et Messieurs, celui dont vous avez vu la photo sur les affiches, celui dont rêvent toutes les femmes car son coup ne part pas avant l’heure dite, et son corps ne donne des sensations qu’au moment voulu ! Voici celui dont rêvent tous les hommes car il donne son sang à la patrie, au combat, à la bataille jusqu’à faire envoler nos âmes ! Voici enfin celui dont rêvent les enfants qui croient qu’un jour ils voleront ! Voici Mesdames et Messieurs l’homme idéal, l’homme-canon, voici l’homme-obus : Pierre Caillou ! »
Et Pierre saluait brièvement, enfilait lentement son casque et ses gants, avec l’air cérémonieux que lui avait indiqué Monsieur Loyal et pénétrait dans le canon par la petite porte susdite. Le canon était de fabrication étasunienne, de la marque Mercury, et Pierre avait toujours eu du plaisir mêlé de peur en passant cette petite porte idoine.
Il rentrait en dernier lieu sa main gauche, avec laquelle il prenait la délicatesse de saluer son petit morceau de femme en porcelaine avec le doigt qui porte son alliance. Puis le silence s’étalait sur la foule. On aurait entendu voler un avion à réaction.
Monsieur Loyal allumait la mèche qui se mettait à crépiter comme une parole de politique, pendant que les hommes de piste tendaient un filet à l’autre extrémité du chapiteau. Il suffisait de compter quelques secondes, et l’explosion à en rendre sourd le sosie de Beethoven (visible dans la tente des sosies, tous les jours de 13 à 17h et de 19 à 23h sauf le dimanche) ouvrait les regards et les bouches pour les punaiser en direction du ciel. L’homme-obus passait alors comme un oiseau, rapide, beau et éphémère pour sa migration journalière vers le sud du chapiteau.
Une fois dans le filet, les applaudissements se mettaient en général à cigaler immédiatement.
Mais jeudi dernier, après le discours de Monsieur Loyal, après son salut à sa petite femme de porcelaine, après l’allumage de la mèche et l’explosion terrible, on ne vit rien du tout. Pierre Caillou n’est pas sorti de son trou. L’homme-canon est resté dans le fût, derrière la petite porte à présent obsolète.
Heureusement, Monsieur Loyal a très vite rattrapé les rires du public en annonçant que ses restes (un casque, deux gants et une alliance, à côté d’un petit tas de poudre noire) seraient visibles dans la tente historique tous les jours de 20 à 23h, sauf le lundi. Le lundi, c’est le jour de congé de l’homme à la moustache-balai, chargé de rassembler les morceaux de Pierre Caillou.
Reus (Espagne), mai 05
Voilà, à bientôt,
Timotéo.
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28.10.2007
écrire ton nom
Ecrire ton nom avec les lettres du bouillon ne sert à rien
Le bouillon se boit, s'avale et puis s'oublie.
Graver ton nom sur une planche ne sert à rien
Le bois s'enflamme, il brûle et part en cendres.
Inscrire ton nom dans un caillou ne sert à rien
Le caillou vole, au-dessus de la forêt, s'écroule dans un lac et coule sous les algues.
Non. Il me reste à me nouer les veins, à m'enrouler les tripes, à m'alligner les poils, pour écrire au fond de mon pauvre abdomen ton nom en lettres éternelles.
Verviers, le 28 octobre 2007.
10:29 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.10.2007
tiens, un poème ?
Bonjoir (comme on dit entre le jour et le soir), je vous propose aujourd'hui un texte de 2005, écrit pour mon amour de ma vie. oui, c'est toujours la même depuis 23 ans. Et je lui ai écrit ceci :
Des fleurs sur toutes les tables,
De larges nappes blanches et des fenêtres hautes,
Ton sourire d’orange que je sais véritable, et la journée qui fuit, laissant partir les hôtes.
Il ne reste que nous.
Que nous et puis les fleurs.
Et la plaine. Et le ciel.
Le tambour de nos cœurs qui résonne à nos tempes.
Partout, le goût du miel.
Nos doigts qui s’entremêlent. Et les hôtes reviennent.
Puis la nuit est venue sur nos assiettes pleines.
« Mangez » dit le silence. « Goûtez » disent les fleurs et murmure la plaine.
Nous avalons le temps comme un gâteau farci.
Les hôtes sont sortis.
Mille fois tu fus nue,
Mille fois je fus seul.
Mille plats sur la table,
Et toujours quelques fleurs, toujours la plaine, dehors
Et tous les jours, le ciel.
Les hôtes entrent et sortent.
Et nous buvons des larmes et des calendriers,
le couteau comme une arme,
la serviette pliée.
Reste assise à ma table.
Reste assise, je t’en prie.
Les assiettes vidées ne sont signe de rien.
Si le ciel s’est éteint,
les fenêtres fermées,
les hôtes sont partis,
il nous reste les fleurs.
Reste assise
Rien qu’une heure.
Battice, 2005
Je n'en reviens pas.
16:33 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.10.2007
le poème du jour (tout frais pondu)
Bonjour!
Je suis encore tout émoustillé de la nouvelle reçue hier : deux projets sans doute publiés cet hiver : un second recueil de textes (poèmes), et mon premier roman!
En attendant, voici le poème du jour (tout frais pondu):
7-4-1-2-13-12-20-2-720
et 1020 à 4-1-7-12-aux 5-9
20-100-17-1-2-100-127!
et 1000 et 4-1,14-10-2-3-18
7-1-200
Traduction : Cette Catherine très douce vint de Sète sans vin.
Emile vint à Catherine, cette douce aux seins neufs.
Vincent dit "C'est indécent sans vin de Sète!"
Emile et Catherine disent "Oui,
C'est indécent!"
Verviers, 26 octobre 2007.
Ca passe le temps. A bientôt, et merci à tous ceux qui lisent ceci!
Timotéo
21:07 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.10.2007
et aussi...
Et aussi celui-ci :
Hivernal Avenir :
Assis sous l’arbre à chiens d’où tombent les morsures, j’attends le gel du cœur.
Tu ne m’aimeras plus.
Il neigera des heures.
Inutiles.
Nécessaires.
Ennuyeuses.
Où le temps jouera de ses dents sur notre chair ancienne.
Assis sous l’arbre à hommes, tu attends un amant qui n’arrivera pas.
Ton cœur m’appartiendra.
Inutile
Nécessaire
Ennuyeux,
Une heure seulement.
Puis, à nouveau humaine, tu viendras avec moi sous l’arbre à oreillers.
Et tu tendras l’oreille.
Et je te raconterai mille histoires à paillettes.
Inutiles
Nécessaires
Ennuyeuses.
Où les oiseaux jouent de leurs dents sur des cerises amères,
Où les princes jouent leur argent sur des voyages d’affaires,
Où les princesses jouent au printemps sur leur sein blanc de lait.
Et pour mieux m’écouter, tu approcheras ta bouche
Nous nous embrasserons.
Et nous replanterons des arbres de chair ferme dans ton ventre de femme
Inutiles
Nécessaires
Merveilleux
Le bois pour nous chauffer
Dans notre poêle à doigts,
L’hiver peut arriver,
Je reste près de toi.
Oct. 06
Ou encore :
- Et après ?
- Après ? Rien. Rien que le hoquet du temps qui frappe de temps en temps. Et chacun naît où il le peut.
- Et après ?
- Après ? Rien. Rien que le tambour du cœur et ses quelques coups à l’heure. Et chacun aime, le corps en feu.
- Et après ?
- Après ? Rien. Rien que le bruit du marteau pour le cercueil et le tombeau. Chacun regrette au moins un peu.
- Et après ?
- Après ? Rien.
Concarneau, juin 03
Un hit connu de tous ceux qui ont lu "supositoire", mon premier recueil publié chez Tétras-Lyre en octobre 2006:
Chanson printanière :
Cette matine, je m’éveille dès la chante de la poule et je m’étire une brine. Quelle heure est-elle ?
Huit heures : ma sangue ne fait qu’une tourne : j’enfile ma vestonne et ma pantalonne, et descends quatre à quatre l’escalière. A travers les carreautes de la salonne, je vois la soleille qui éclaire l’horizonne et réchauffe la jardine. Au-dedans, bien à la chaude, la chatte dort de la someille de la juste, sur la planchère.
Deboute, animale !
Les éléphantes, les escargotes, les papillones ne pensent déjà qu’à une seule chose !
Cours dans la gazonne !
Bouscule les fleurs en boutonne !
Quant à mon amoureuse, où est-elle donc ? Entre les drapes de la lite ?
Elle m’y invite !
Mais qu’est-ce qu’elles ont toutes ? Cela tourne à l’obsessionne !C’est la printempe, la momente des belles amours.
A la semaine prochaine pour d'autres découvertes.
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